Tous les matins, il se lève. Et moi aussi. Il n’en fallait pas plus pour me dire que ce livre allait me parler - telle était en tout cas mon intime conviction alors que je me tenais face à l’étagère allant du sol au plafond, chargée des auteurs français de A à F, de la jolie petite librairie de mon quartier. Et 212 pages plus tard, confirmation. Ce “tous les matins je me lève”, je le comprends, il me ressemble, et si j’avais cherché à exprimer le ressenti du moment je n’aurais pas trouvé mieux.
Dans un petit barrio de Buenos Aires, Axel, que les enfants du quartier surnomment amicalement el Francès, coule des jours heureux, dans la douceur de journées qui s’étirent au soleil de la terrasse d’un café. Il discute avec passion de football en sirotant des boissons locales avec les habitués... et aussi, de temps en temps, en compagnie de Benjamin Biolay, avec lequel, loin du tumulte parisien, il s'est lié d'amitié. Ca, c'est la vie rêvée d'Axel bien loin de sa réalité d'employé de bureau de 46 ans, marié, père de deux adolescents, habitant dans un petit lotissement, avec voisins, dans un coin de France que rien ne distingue.
"Babylone, Babylone, Babylone, tu déconnes... Babylone, Babylone, bientôt t'écraseras plus personne" nous chantait Bill Deraime en 1981 dans un blues français qui balançait avec énergie du noir et de l'espoir en même temps. Il y a cependant fort à parier que ce n'est pas à cette chanson que pensait Yasmina Reza en intitulant son roman Babylone... et pourtant il n'est pas dit qu'Elizabeth et Jean-Lino, ses deux héros, ne se seraient pas sentis de reprendre en cœur ce refrain tellement ça déconne et ça écrase la vie, la leur, celle des autres, parfois...
Who's afraid of Virginia Woolf ? s'interroge-t-on en 1962 dans une pièce de théâtre d'Edward Albee puis de nouveau en 1966 lors de son adaptation au cinéma par Ralph Nichols avec à l'affiche le couple mythique Elizabeth Taylor / Richard Burton... Et si à cette question, force est de constater qu'aucune réponse n'est apportée au théâtre comme au cinéma, nous y répondrions bien volontiers : C'est nous qu'on a peur de Virginia Woolf ! Car, oui, il y a quelque chose d'intimidant chez Virginia Woolf, figure majeure de la littérature britannique dont la seule évocation emporte avec elle tout un mythe... Mais pas question de se laisser impressionner car, après tout, la vie nous prouve chaque jour que c'est en surmontant ses craintes que l'on remporte les plus belles victoires. Et ce roman en est la parfaite illustration.
